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Statistiques : Les Juifs d’Afrique au Sud du Sahara

La couleur de peau du peuple juif est en train d’évoluer, quitte à chambouler des stéréotypes millénaires. Différentes ethnies d’Afrique sub-saharienne manifestent leurs liens ancestraux avec les Hébreux, dévoilant une présence juive méconnue sur le continent.

Des ethnies, tribus, ou communautés d’Afrique noire vivent la religion juive au quotidien. Au cours des dernières décennies, l’adhésion à la nation israélite est devenue pour leurs membres une passion et une vocation.

Les Lembas au Zimbabwe (150.000) et en Afrique du Sud(50.000), les Abayudayas en Uganda 22.000), les descendants de Juifs au Mali ou au Cap Vert, la communauté Rusape au Zimbabwe, ou encore les Ibos au Nigéria (400.000), représentent autant d’ethnies ayant embrassé le judaïsme avec leur cœur. Et d’autres tribus, encore ignorées, pourraient bien s’ajouter à la liste de ces révélations.

Au sein de l’ethnie des Ibos vivant au Nigéria, estimés à environ trente millions de personnes, parmi les cent soixante-sept millions de Nigérians, une faction de plusieurs milliers d’entre eux, peut-être jusqu’à quatre cent mille, s’affirme juive.

Dans le sud-est du pays, entre la rivière Bénoué et le fleuve Niger, les Ibos, ou Igbos, ont longtemps constitué une mosaïque de petites communautés autonomes, jusqu’à ce que les missionnaires britanniques, arrivés parmi eux à la fin du XIXème siècle, ne fassent naître un sentiment d’identité ethnique.

Certains de ces groupes observent, depuis un temps qui leur échappe, les rites caractéristiques de la religion juive. Ces pratiques comprennent, entre autres, la circoncision des garçons au huitième jour de leur vie, la séparation des hommes et des femmes pendant les menstruations, l’observation d’une période de deuil de sept jours après le décès d’un proche, l’interdiction de manger de la viande animale non bénie, ou encore, de croiser des plantes.

Souffler dans une corne de bélier fait également partie de leur tradition, ce qui n’est pas sans rappeler le son du shofar (un instrument de musique à vent en usage dans le rituel israélite depuis l’Antiquité).

Au cours des deux dernières décennies, l’affirmation de l’identité juive des « Ibos Bnei Israël » (Ibos fils d’Israël), comme ils se surnomment parfois, ainsi que leur volonté d’être reconnus comme Juifs à part entière par la nation d’Israël, se sont renforcées. Vingt-six synagogues ont vu le jour, accueillant hebdomadairement les observateurs du shabbat.

Cette allégation est notamment liée au mythe des tribus perdues d’Israël, qui se seraient installées en Afrique dans des temps ancestraux. L’origine de cette construction identitaire n’est pas certaine, et elle a été renforcée, ou éventuellement créée, par les missionnaires chrétiens britanniques.

Ces derniers auraient enseigné les Ecritures en mettant l’accent sur l’Ancien Testament. Ils imprégnèrent du même temps l’imaginaire de nombreux Africains avec les récits de la sortie d’Egypte, du temple de Salomon et du royaume d’Israël, avec lesquels il était facile, pour les Africains, de s’identifier.

Au sein de l’ethnie iboe, la revendication d’appartenance au peuple juif s’est par ailleurs affermie suite à la découverte, il y a une quinzaine d’années, d’une pierre en onyx, sur laquelle auraient été gravées les lettres G.A.D, en ancien hébreu.

GAD, soit le nom de l’une des douze tribus d’Israël ; or le second livre de la Bible, « L’Exode » (Shemot), indique l’existence de douze pierres portant chacune le nom de l’une des douze tribus. Cette pierre aurait été conservée dans le palais d’Obugad – la maison de Gad en igbo – situé à Aguleri, dans l’Etat d’Anambra, dans l’est du Nigéria, où, selon la tradition des Juifs ibos, l’un des sept fils de Gad, Eri, se serait installé.

Les Juifs ibos se prétendent descendants des trois tribus d’Israël, Gad, Zabulon et Manassé, ayant dû quitter le royaume de Salomon suite à la destruction du deuxième temple.

Outre la mythologie faisant remonter la présence de Juifs au Nigéria à l’époque biblique, des légendes iboes relatent des migrations juives en provenance du Portugal et de la Lybie, vers le XVème siècle de l’ère chrétienne.

Aux yeux de certaines tribus africaines, la libération des Juifs de l’esclavage – vécu en Egypte – ainsi que la réussite de l’établissement dans leur propre pays, représente un idéal chez certaines tribus réprimées.

Ce sentiment a été renforcé, chez les Ibos, notamment au moment de la guerre d’Indépendance du Biafra, à la fin des années soixante, au cours de laquelle les Ibos ont été écrasés dans le sang.

Pendant cette guerre, les Ibos avaient notamment reçu de l’aide de la part d’Israël, qui entretenait déjà, à cette époque, des relations économiques avec le Nigéria. Une aide qui aurait entériné l’association spirituelle, intellectuelle, et sincère, avec le peuple juif.

Au Nigéria, on recense trois origines à la pratique du judaïsme. Le premier groupe est constitué par les « Juifs pré-talmudiques », qui descendraient effectivement des tribus perdues. D’ailleurs, ces derniers prétendent que le nom Igbo, autre version du mot Ibo, proviendrait du mot Ibri, dérivé de Ivri, signifiant « hébreu », en hébreu.

Ce groupe serait, selon elle, impossible à dénombrer ; à en croire un rabbin américain ayant séjourné parmi les Juifs ibos, ils représenteraient quelques milliers d’individus.

Enfin, le développement de communautés juives récentes, dont l’essor date du début du XXIème siècle. Ces pratiquants de la religion mosaïque affirment effectuer un retour vers leurs origines juives, desquelles les siècles les avaient éloignés. De nombreux Nigérians du Sud-Est ont abandonné la foi catholique pour se tourner vers le judaïsme.

Ces groupes ibos désirent se faire reconnaître comme juifs par les rabbins d’Israël. Cependant, ils restent réticents à se convertir au judaïsme ; ils estiment en effet être des Israélites, pour qui le fait de se convertir reviendrait à remettre en doute leur ascendance hébraïque.

Ces Ibos Bnei Israël regorgent d’une soif inconditionnelle d’apprendre la religion juive. Ils désirent ardemment recevoir des livres, ainsi qu’accueillir des rabbins qui leur délivreraient les enseignements fondamentaux.

L’Igboland connaît actuellement un très fort développement communautaire juif. Mais un développement anarchique : comme dit un vieux proverbe juif, « mettez deux juifs dans une pièce, et vous aurez trois avis différents », les vingt-six synagogues du Nigéria ne participent pas toutes de la même tendance.

Certaines pourraient être définies, à en croire un autre rabbin en visite au Nigéria, comme orthodoxes, telle la communauté de Gihon à Abuja – la capitale du Nigéria -, tandis que d’autres seraient plutôt de tendance traditionnelle, à l’instar de la congrégation de Sar Habakkuk, qui met l’accent sur l’étude de la Torah.

La revendication d’une identité juive au sein d’ethnies africaines, telle celle des Ibos, mais aussi celle d’autres communautés proclamant une ascendance provenant des tribus perdues, notamment en Asie, pourrait, dans la manière passionnée dont elle s’exprime, faire évoluer le visage, la dynamique, mais aussi la spiritualité contemporaine du peuple juif.

Ces communautés entretiennent en effet une foi en la religion juive, enrichie d’une vitalité et d’une originalité propres, à même de dynamiser les conceptions relativement rigides du judaïsme.

Elles participeraient également d’un multiculturalisme coloré, que l’on n’aurait pas imaginé retrouver au sein du peuple juif, au moment de la création d’Israël. On croise, desormais sans sursauter, dans les rues de Kyriat Arba, en Cisjordanie, de pieux Bnei Menaché, originaires d’Inde de l’Ouest, portant les tzitzit (franges façonnées au coin des vêtements, que les Juifs observants portent afin de se conformer à une prescription biblique), des milliers de Falasha à Natanya, ou encore des Juifs de Cochin, à Kfar Yuval en Haute-Galilée, et ailleurs.

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