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Benyamin Netanyahu en Ouganda

L’Ouganda est certainement l’une des plus émouvantes étapes de la première tournée officielle en Afrique sub-saharienne
de Benyamin Netanyahu. Le Premier ministre israélien devrait se recueillir ce 4 juillet sur les lieux mêmes de la mort de son frère, tué lors de l’assaut contre les preneurs d’otage de l’avion d’Air France, il y a quarante ans, à l’aéroport d’Entebbe.
Aussi curieux que cela puisse paraître, les premiers liens entre Israël et l’Ouganda sont nés avant même l’existence de ces deux Etats. Nous sommes en 1903. Theodor Herzl, journaliste et écrivain juif, père du mouvement sioniste créé au Congrès de Bâle de 1897, s’active depuis des années pour obtenir au Proche-Orient une terre susceptible d’accueillir les populations juives. Une obsession qui tourne à l’urgence, au vu du climat antisémite qui pèse en Europe, et particulièrement la multiplication des pogroms en Russie.

Mais les échecs successifs de Theodor Herzl auprès des différentes puissances, le poussent à réfléchir favorablement à une offre de la Couronne britannique qui lui propose d’établir un Foyer national juif sur une partie de son protectorat d’Ouganda, qui couvre alors l’ensemble de l’Ouganda et une partie du Kenya actuel. Le plateau de Mau (actuellement en territoire kényan) est alors une sérieuse hypothèse de travail.

Mais cette notion territorialiste en dehors de la Palestine, si elle a connu un début de réalisation en Argentine dans les années 1890, est alors très critiquée au sein du mouvement sioniste. Et même s’il qualifiait le « Projet Ouganda » de « temporaire », Herzl ne réussit pas à convaincre les membres de son organisation. Le sixième congrès sioniste décide de l’envoi d’un comité pour en étudier la faisabilité, mais le projet sera définitivement abandonné en 1905, un an après la mort de Herzl.

Les Abayudaya, nouvelle « tribu » d’Israël

Ironie de l’histoire, c’est à peu près à la même période qu’un chef de guerre de la région de Mbale (est de l’Ouganda), allié aux Britanniques, commence à prendre ses distances avec l’empire qui ne lui a pas accordé le royaume qu’il convoitait. Semei Kakungulu crée son propre mouvement religieux, qui suit en grande partie le rituel juif. A partir de 1919, il déclare que son mouvement - les Abayudaya - est « juif », et adopte le calendrier hébraïque. Aidé par un certain Yosef, d’origine européenne, il crée une école sur le modèle de la yeshiva (école juive), et fonde également plusieurs synagogues dans la région de Mbale.

Le mouvement survivra au décès de son fondateur en 1928 et continuera de s’épanouir dans l’isolement pendant des années. Ce n’est qu’en 1962 que la première rencontre avec un Israélien aura lieu. Arye Obed, alors étudiant à l’université de Makerere de Kampala se rend dans la communauté de Mbale. Ses écrits contribueront certainement à un rapprochement des Abayudaya avec différents mouvements juifs, comme l’organisation américaine Kulanu, qui aide les groupes isolés pratiquant le judaïsme. En 2002 a eu lieu une conversion officielle au judaïsme de quelque 400 Abayudaya par des rabbins conservateurs américains. Depuis, d’autres conversions ont eu lieu, et la communauté compterait aujourd’hui entre 1 100 et 2 500 personnes. Déclarés comme entité « reconnue » par l’Alliance juive, ils sont autorisés à faire leur Aliya (droit au retour) en Israël depuis avril 2016.

Idi Amin Dada et la répression des juifs

Un nombre en expansion, mais la répression subie par les Abayudaya et l’ensemble de la communauté juive ougandaise sous la période d’Idi Amin Dada a laissé des traces. Tout comme d’autres populations présentes en Ouganda - indienne et pakistanaise, particulièrement -, les juifs ont eu à subir la folie du dictateur. Dès 1972, un an seulement après son arrivée au pouvoir, et alors qu’il entretenait de bonnes relations avec l’Etat hébreu, Amin Dada se rend en Libye et signe une déclaration condamnant Israël. Il décide dans la foulée l’expulsion des Israéliens présents en Ouganda, et offre les locaux de l’ambassade d’Israël aux représentants de l’OLP.

Dans les villages de la petite communauté Abayudaya, beaucoup ont décidé de se convertir à l’islam ou au christianisme pour échapper à la terreur. D’autres sont purement et simplement exécutés. De 3 000 membres avant la répression, la population aurait été divisée par dix à la fin du régime d’Idi Amin Dada.

En 1976, le jeu trouble du dictateur dans le détournement de l’avion d’Air France à Entebbe même si des archives semblent montrer que son rôle n’a pas été celui qu’on a pu lui prêter – se terminera par la libération par un commando israélien d’une centaine d’otages. Membre des forces spéciales, le frère de Benyamin Netanyahu sera tué durant l’assaut.

Transfert de réfugiés africains

Il faudra attendre l’accession au pouvoir de Museveni en 1986, pour que les liens avec Israël prennent un nouveau départ. Le nouveau président ougandais rétablit bientôt les relations diplomatiques avec l’Etat hébreu. Museveni se rendra en Israël une première fois en 2003, date à laquelle il rencontre Benyamin Netanyahu, alors ministre des Affaires étrangères. Museveni se lie également d’amitié avec Rafael Eitan, un industriel israélien et ancien directeur du Mossad (services secrets israéliens), et se rend une seconde fois à Jérusalem en 2011.

Devenu Premier ministre, Netanyahu doit alors faire face à un afflux de réfugiés en provenance de la corne de l’Afrique. En 2013, son ministre des Affaires étrangères propose un plan de départ « volontaire » de ces réfugiés vers des « Etats tiers sûrs », très rapidement identifiés comme étant l’Ouganda et le Rwanda. Un arrangement dénoncé par les ONG, parce que ne garantissant aucun statut aux réfugiés. Au moins 1 500 d’entre eux auraient pourtant déjà été transférés « volontairement » depuis en Ouganda. Selon certains observateurs, la contrepartie de ce « deal » pourrait avoir consisté dans des contrats d’armement avantageux.

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