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Cashérisation des ustensiles pour Pessa’h. Par Rav David Pitoun

-Question
Quel est le procédé de Casherisation d’un ustensile utilisé avec du ‘Hamets durant l’année, et que l’on veut utiliser également pour Pessa’h ?

Décisions de la Hala’ha
Selon la règle, le procédé de Casherisation d’un ustensile, dépend de son mode d’utilisation (« Kebol’o, Ka’h Polto »).
Un ustensile dans lequel on a fait cuire du ’Hamets au moyen d’un liquide – comme une marmite ou une casserole sur le feu – doit être Casherisé par Hag’ala, c’est-à-dire, être immergé à l’intérieur d’un ustensile qui se trouve sur le feu, et qui est remplie d’eau qui est arrivée à ébullition.
Si le ‘Hamets a cuit dans un ustensile directement par le feu, sans la présence du moindre liquide (le procédé de la grillade), l’ustensile doit être Cashérisé par Liboun, c’est-à-dire, passé au feu jusqu’à devenir rouge.
Il est important de nettoyer correctement les ustensiles avant de les Casheriser par Hag’ala.
Des couteaux, cuillères et autres couverts, peuvent être Casherisés par Hag’ala, même si l’ustensile de la Hag’ala ne se trouve plus sur le feu mais que l’eau est encore bouillante. Si le manche du couteau est fixé avec des clous, il faudra le nettoyer soigneusement en le frottant avec des détergents, et ensuite l’immerger dans l’eau de la Hag’ala. Il est conseillé – dans la mesure du possible – d’avoir un couteau de ce type réservé à Pessa’h.
Les broches, les grilles, ou les plateaux de four (le statut du four sera expliqué ultérieurement) qui cuisent directement le ‘Hamets sans la présence du moindre liquide, nécessitent une Casherisation par Liboun. Mais généralement, les plateaux ne sont pas assez résistants pour supporter ce genre de traitement, et c’est pourquoi, il faut acheter des plateaux spécialement pour Pessa’h.
Un moule à gâteaux peut être Cashérisé par Hag’ala.
La grille qui se trouve au-dessus des feux de la gazinière (plaque de cuisson), doit être nettoyée et Cashérisée par Hag’ala. Si l’on a déversé de l’eau bouillante sur la grille de la gazinière, elle est Cashère Le-Pessa’h. Des assiettes ou des plats (en métal ou en plastique) dans lesquels on a seulement transvidé le contenu ‘Hamets chaud du Keli Rishon (l’ustensile qui a cuit l’aliment sur le feu), il suffira de déverser de l’eau bouillante provenant d’un Keli Rishon, sur ces plats ou assiettes.
Sources et développement : Ta’am Ka-‘Ikar
Il existe une règle selon laquelle un ustensile dans lequel on a cuit ou qui a contenu à chaud un aliment interdit, devient interdit à l’utilisation jusqu’à ce qu’il subisse un procédé de Casherisation.
Cette règle a pour raison le fait que lors de la cuisson, ou bien au moment où l’ustensile à contenu à chaud l’aliment interdit, celui-ci a transmit – du fait de la cuisson ou de la chaleur – son goût alimentaire dans les parois de l’ustensile. L’ustensile contient désormais en lui le goût alimentaire de l’aliment interdit. Or, selon la Torah la présence du goût alimentaire d’un aliment équivaut à la présence de l’aliment lui-même.
Cette règle s’appelle « Ta’am Ka-’Ikar ».
Cette règle prend sa source dans la Torah.
En effet, lorsque les Béné Israël partirent en guerre contre Midian (voir Bamidbar 31-23), ils ramenèrent un important butin constitué essentiellement de vaisselles en métal (or, argent, cuivre…).
El’azar le Cohen Gadol leur enseigna la règle suivante :
Tout chose qui passe par le feu, doit passer par le feu et deviendra pure, et toute chose qui ne passe pas par le feu, doit être passée par l’eau.
Rashi explique :
Doit passer par le feu. L’ustensile rejettera selon la façon avec laquelle il a été utilisé. S’il s’agit d’ustensiles utilisés avec des liquides chauds, ils devront être immergés dans de l’eau bouillante. S’il s’agit d’ustensiles utilisés directement sur le feu, comme des broches ou des grilles, ils devront être passés à la flamme.
Nos maîtres – dans la Guémara Pessa’him 74a – établissent à partir de là que le procédé de Casherisation de tout ustensile dépend de son utilisation, puisque nous avons un principe selon lequel, un ustensile « rejette comme il absorbe » (Kebol’o, Ka’h Polto).
Par conséquent, un ustensile dans lequel on a fait cuire du ’Hamets au moyen d’un liquide – comme une marmite ou une casserole sur le feu – doit être Casherisé par Hag’ala, c’est-à-dire, être immergé à l’intérieur d’un ustensile qui se trouve sur le feu, et qui est remplie d’eau bouillante. Il faut impérativement que l’eau bouillante dans laquelle on va immerger l’ustensile à Casheriser, soit celle qui se trouve à l’intérieur du Keli Rishon (dans une marmite qui se trouve sur le feu).
(C’est-à-dire : Il faut immerger l’ustensile à Casheriser, exclusivement dans un ustensile contenant de l’eau bouillante et qui se trouve encore sur le feu, et non dans de l’eau qui a bouilli sur le feu et qui a été ensuite transvidée dans un autre ustensile, car ce nouvelle ustensile s’appelle « Keli Sheni ». Or, l’eau bouillante qui se trouve dans un Keli Sheni, n’a pas l’intensité de chaleur suffisante pour causer le rejet de se qui est absorbé dans les parois de l’ustensile à Casheriser.)

Les couverts
Il est expliqué dans la Guémara Pessa’him (30b) et tranché dans le Shoul’han ‘Arou’h (O.H 451-3) que les couteaux, cuillères et autres couverts, peuvent être Casherisés en les immergeant dans un ustensile d’eau bouillante, même si l’ustensile n’est plus sur le feu (Kéli Shéni).
On peut donc les Cashériser en les immergeant dans l’eau bouillante de la bouilloire électrique (Koumkoum) par exemple (en veillant à la débrancher auparavant pour ne pas risquer une électrocution, ‘Hass Vé-Shalom !!), en trempant d’abord un côté du couteau, et ensuite l’autre côté.
Nettoyer soigneusement les ustensiles avant de les Casheriser par Hag’ala
De nombreux Rishonim (décisionnaires de l’époque médiévale) citent les propos de nos maîtres dans le Sifré, qui nous enseignent qu’avant de Casheriser par Hag’ala (immersion dans l’eau bouillante), il faut veiller à nettoyer correctement l’ustensile à Cashériser de toute trace de saleté ou de rouille. MARAN cite cet enseignement dans le Beit Yossef (au nom du ROSH), et il tranche ainsi dans le Shoul’han ‘Arou’h (O.H 451-3) au sujet des couteaux.
Couteaux à manches
Si le manche du couteau est fixé avec des clous, cela fait l’objet d’une Ma’hloket (divergence d’opinion Hala’hique) parmi les Poskim (décisionnaires) :
Selon le BA’H (Baït ‘Hadash), le Mishna Béroura (ibid. note 23) et d’autres décisionnaires, le couteau n’est pas Cashérisable
Selon le ‘Hok Ya’akov (note 15), il faudra le nettoyer soigneusement en le frottant avec des détergents, et ensuite l’immerger dans l’eau de la Hag’ala.
Le Gaon Rabbi ‘Abdellah SOME’H fait remarquer dans son livre Ziv’hé Tsedek (chap.121 note 37) que puisque de nos jours, les ignorants sont nombreux, il ne faut pas enseigner cette autorisation, par crainte qu’ils ne nettoient pas le manche du couteau soigneusement.
C’est pourquoi notre maître le Rav Ovadia YOSSEF Shalita – dans son livre ‘Hazon Ovadia – Pessa’h (édition 5763 page 137) – conseille dans ce cas d’avoir un couteau réservé à Pessa’h.
Les broches, les grilles, les plateaux de four, et les moules à gâteaux
MARAN tranche dans le Shoul’han ‘Arou’h (O.H 451-4) que les broches et les grilles que l’on utilise directement avec le feu, sans la présence du moindre liquide, nécessitent une Casherisation par Liboun, c’est-à-dire, un passage au feu jusqu’à produire des étincelles, ce qui correspond au stade où le métal devient rouge.
Le Maguen Avraham (note 21) ajoute qu’il en est de même pour les plateaux du four (le statut du four sera expliqué ultérieurement) dans lesquels on fait cuire du pain ou des gâteaux, durant toute l’année. La Casherisation de ces plateaux ne peut se faire que par Liboun total, c’est-à-dire, jusqu’à produire des étincelles.
Mais généralement, les plateaux ne sont pas assez résistants pour supporter ce genre de traitement, et c’est pourquoi, il faut acheter des plateaux spécialement pour Pessa’h.
Concernant un moule à gâteaux, il y a divergence parmi les décisionnaires :
Selon l’opinion du Péri ‘Hadash et du Gaon Rabbi Zalman, le moule à gâteaux nécessite lui aussi une Cashérisation par Liboun (passage à la flamme jusqu’à rougissement), même si on utilise aussi de l’huile dans le moule pour confectionner le gâteau, et que ce mode d’utilisation correspondrait plutôt au mode de Cashérisation par Hag’ala puisqu’il fait appel à un liquide (l’huile). Cependant, les broches et autres grilles sur lesquelles on fait de la grillade avec du ‘Hamets nécessitent une Cashérisation par Liboun et non par Hag’ala, bien que l’on mette aussi de l’huile sous la grillade. Il en est donc de même pour le moule à gâteaux.
Mais selon l’opinion du Shoul’han Gavoha (sur O.H 451 note 31), le moule à gâteau nécessite seulement une Cashérisation par immersion dans la Hag’ala, puisqu’on l’utilise avec de l’huile. Il atteste que tel est l’usage répandu et qu’il n’a jamais vu qui que ce soit – même parmi les plus scrupuleux – qui les Cashérise par Liboun.
Le ‘Hessed Lé-Alafim (dans une Tshouva) réfute les propos du Shoul’han Gavoha sur ce point en prétextant que s’il en était ainsi, les décisionnaires n’auraient pas gardé le silence sur ce point.
Mais le Shou’t Tiféret Adam (sect. O.H chap.16) soutient l’opinion du Shoul’han Gavoha grâce aux propos du RASHBA dans une Tshouva où il atteste que le statut d’un moule à gâteaux est le même que celui d’une poêle à frire (dont le mode de Cashérisation est la Hag’ala, comme nous le développerons plus tard avec l’aide d’Hashem).
Notre maître le Rav Ovadia YOSSEF Zatsal tranche dans son livre ‘Hazon Ovadia – Pessa’h (édition 5763 page 134) que l’on peut adopter la souplesse et autoriser la Cashérisation des moules à gâteaux par Ha’gala, en raison d’un Safek Sefeka (un double doute) :
Est-ce que l’absorption de ‘Hamets par un ustensile avant Pessa’h, est qualifiée de « Hetera Bala’ » (absorption d’un aliment permis), comme en attestent de nombreux Rishonim, et de ce fait, la Hag’ala suffirait.
Même si l’on considère l’absorption de ‘Hamets par un ustensile avant Pessa’h comme « Issoura Bala’ » (absorption d’un aliment interdit) et que le ‘Hamets a « une renommée d’interdit » (« ‘Hamets, Shémo ‘Alav »), peut être y a-t-il matière à la souplesse lorsqu’il s’agit d’un moule à gâteaux dans lequel on met de l’huile pour confectionner les gâteaux, et de ce fait, la Hag’ala suffirait.
En raison de ce Safek Sefeka, notre maître tranche que les personnes qui s’autorisent la Cashérisation de moules à gâteaux par Hag’ala, ont sur qui s’appuyer.
La grille de la plaque de cuisson
La grille qui se trouve au dessus des feux de la gazinière, doit être nettoyée et immergée dans de l’eau bouillante.
Si l’on a déversé de l’eau bouillante sur la grille de la gazinière, elle est Cashère Le-Pessa’h.
Il est vrai que le RAMA tranche (O.H 451-4) au nom du MAHARYL que la grille doit être passée au Liboun (la flamme), et que le Maguen Avraham explique que parfois le jus du plat coule sur la grille, malgré tout, d’autres Poskim comme le Gaon Ya’abets – dans son livre Mor Ou-Ktsi’a (page 46 colonne 4) – ou le Maamar Morde’haï (note 11) réfutent les propos du RAMA sur ce point, et selon eux, il suffit de déverser de l’eau bouillante sur la grille pour qu’elle devienne Cashère Le-Pessa’h.
Assiettes et plats en métal
Nous avons déjà précisé que le procédé de Casherisation de l’ustensile, correspond à son mode d’utilisation.
Des assiettes ou des plats (en métal ou en plastique) qui ont contenus du ‘Hamets à chaud, qui n’ont jamais servis comme Keli Rishon (le Keli Rishon est l’ustensile qui cuit l’aliment sur le feu), mais seulement comme Keli Sheni, puisqu’on y a seulement transvidé le contenu du Keli Rishon (exemple : on a fait cuire des pâtes dans une marmite. La marmite s’appelle « Keli Rishon », car c’est elle qui a contenu l’aliment durant la cuisson sur le feu. Si l’on transvide ensuite ces pâtes dans un plat en inox, ce plat s’appelle « Keli Sheni »), le procédé de Casherisation d’un Keli Sheni respecte son mode d’utilisation, et il suffira donc de déverser de l’eau bouillante provenant du Keli Rishon, sur le plat en inox de notre exemple (on peut le faire à partir de l’eau que l’on fait bouillir avec le Koukum). Un Keli Sheni est à fortiori Casherisable par immersion (Hag’ala) dans un Keli Rishon qui se trouve sur le feu.
Il est vrai que ce Din fait l’objet d’une Ma’hloket (divergence d’opinion Hala’hique) puisque selon le Peri ‘Hadash (sur O.H 451-5) il faut immerger dans l’eau de la Hag’ala dans le Keli Rishon, tout ustensile que l’on a utilisé en y déversant le contenu du Keli RIshon. L’opinion du Peri ‘Hadash est fondée sur celle de nombreux autres Rishonim (décisionnaires de l’époque médiévale) – comme le RAVEYA (sur Pessa’him chap.464 page 81), les Tossafot (sur Avoda Zara 74b), le Morde’hi (sur le chapitre « Kol Sha’a » chap.574), le Or Zaroua’ (tome 2 page 58 colonne 2) et d’autres…
Le RAMA tranche selon cette opinion à 2 endroits différents de son livre Darké Moshé : dans les Hala’hot relatives à Pessa’h (O.H 451), et dans les Hala’hot relatives aux mélanges alimentaires (Y.D 121 note 7).
Mais selon le RIF et le ROSH (sur le chapitre « Kol Sha’a »), ainsi que le Ba’al Hala’hot Guedolot (fin des Hala’hot relatives à Pessa’h), Rabbi Its’hak IBN GIAT dans son livre Mea Shea’rim (tome 2 fin de la page 88) et d’autres…, lorsqu’il s’agit d’assiettes ou des plats (en métal ou en plastique) dans lesquels on a seulement transvidé le contenu du Keli Rishon, il suffira de déverser de l’eau bouillante provenant du Keli Rishon, sur ces plats ou assiettes.
C’est donc ainsi que MARAN tranche dans le Shoul’han ‘Arou’h (O.H 451-5).

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