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Merci a Roger Cukierman. Par Francois Heilbronn

Je tiens à remercier, Roger Cukierman, le Président du CRIF, qui après trois mandats (2001-2007 et 2013-2016) quitte la présidence de cette institution représentante des institutions juives de France et qui a fait ses adieux lors de son dernier dîner du CRIF, ce lundi 7 mars 2016.

Remercier Roger pour son courage, physique et moral, son dévouement de chaque instant pendant ses 9 ans, pour défendre l’honneur, la dignité et la sécurité des Juifs français.

Le CRIF né de la résistance en 1943, regroupe toutes sortes d’institutions, laïques, religieuses de toutes tendances, des mouvements de jeunes, des rescapés, des sionistes, d’anciens combattants et résistants, des écoles comme des lieux d’enseignement supérieur et de transmission de l’histoire et de la mémoire.

J’ai été témoin du courage de Roger à défendre contre toutes les imprécations, et les menaces : les Français juifs. A l’automne 2001, lors d’une cérémonie de remise de prix de l’entrepreneur à l’Elysée, je discute avec Roger.

Le Président Chirac le voit, se précipite sur lui, et lui dit avec son ton d’officier de cavalerie : « Je vous interdis Monsieur Cukierman de dire qu’il y a de l’antisémitisme en France ».

Roger lui répond calmement : « Vous n’avez rien à m’interdire Monsieur le Président, je suis un citoyen français libre qui représente les Juifs français qui depuis maintenant un an se font agresser, insulter, dans un silence de plomb et dans un déni total, des pouvoirs publics, et du vôtre notamment. Je ne me tairais jamais ». Ce jour là, j’ai commencé à aider Roger dans ce combat qui ne faisait hélas que commencer.

Depuis Roger a su dénoncer avant tout le monde, malgré les cris de vierges effarouchées de journalistes et de responsables politiques : « La coalition antisémite BRUN-VERT-ROUGE », « Le terrorisme islamiste qui frappe en Israël comme en France ».

Certes Roger a commis parfois certaines erreurs de communication, notamment trouvant maladroitement « Marine Le Pen, irréprochable sur l’antisémitisme » il a depuis corrigé et précisé ses propos. Notamment lors de son dernier dîner du CRIF :

« Un autre symptôme de cette maladie française est la progression impressionnante, insupportable du Front National dont les propositions démagogiques sont dangereuses pour la France.
Le Front National joue sur les peurs et les angoisses de notre temps pour grossir ses rangs, tout comme ses ancêtres avaient joué, dans les années 1930 et 1940, sur les peurs et les angoisses de la défaite.
Derrière un nettoyage de façade, c’est dans ce parti que l’on trouve les nostalgiques de Pétain, de Vichy et de leur idéologie.

Nous, Français juifs, avons gardé un souvenir douloureux de cette période.
Nous devons être exemplaires et sans faille dans le rejet des héritières de Jean-Marie Le Pen. »

Pour conclure ce message d’hommage à ce combattant infatigable de son peuple, Roger Cukierman, je voudrais pour ceux qui n’étaient pas là à ce dernier dîner du CRIF présidé par Roger, vous citer la fin de son discours qui a bouleversé l’ensemble des invités et qui a provoqué une « standing ovation » :

« Monsieur le Premier Ministre, je quitterai la présidence du CRIF dans quelques mois. C’est pour moi l’occasion non pas d’un inventaire de mes erreurs, d’autres, j’espère pas trop nombreux, le feront mieux que moi, mais plutôt d’une réflexion sur mon destin, sur celui de ma famille et sur celui de notre avenir collectif en tant que nation.

Je porte en moi le souvenir du petit Roger Fabre, que j’ai été, enfant de six ans caché chez les bonnes sœurs à Nice, pendant la deuxième guerre mondiale.

Je porte en moi le souvenir de mon père, ancien élève de Yeshiva en Pologne, qui s’était fâché avec Dieu à la suite de la Shoah, qui mettait un point d’honneur à manger le jour de Kippour, mais qui avait remplacé la pratique religieuse par l’amour de la culture Yiddish, et par une immense fierté devant la renaissance de l’Etat d’Israël.

Je porte en moi le souvenir de mes grands- parents, que je n’ai jamais connus, disparus dans les tristes cendres du ciel de Treblinka. Et avec eux ont disparu plus de cinquante membres de ma famille, également gazés et brûlés.

Dans ma jeunesse je ne savais pas ce qu’était une personne âgée. Je le sais aujourd’hui. Dans mon enfance, j’étais menacé et devais me protéger des policiers qui raflaient les Juifs. Aujourd’hui, je suis à nouveau menacé mais ce sont les policiers qui me protègent, et ils ont toute ma reconnaissance.

Je porte en moi aussi l’héritage d’une longue tradition, celle d’un petit peuple qui a traversé tant d’épreuves, tant de persécutions, mais qui n’a jamais cessé de jouer un rôle important dans l’évolution de la pensée, de la science et de la culture. Je ne résiste pas à la tentation téméraire et peut-être contestable de citer Jésus, Marx, et Einstein.

Nous sommes l’un des très rares groupes humains qui ait réussi à préserver sa singularité à travers les siècles. Aujourd’hui, avec moins de 15 millions de Juifs dans le monde, nous sommes peu de chose !
Mais, comme je l’ai proposé à l’ambassadeur de Chine, Juifs et Chinois, réunis, nous représentons près d’un quart de l’humanité !

Nous entendons ce message que la France sans les Juifs n’est pas la France.
Oui nous nous réjouissons que la France accueille un Finkielkraut parmi ses immortels.
Nous nous reconnaissons dans cette République, une et indivisible, qui permet à tous ses citoyens de s’épanouir dans la liberté, l’égalité et la fraternité.
La fraternité n’est pas un principe désincarné, elle est aussi une volonté.

Et je vois chaque jour avec fierté combien cette France que j’aime est en harmonie fusionnelle avec ses citoyens juifs, combien est palpable notre communauté de destin, et notre rapport à l’universel, à l’humanité !

Dans la guerre mondiale qui nous est aujourd’hui imposée, dans cette guerre qui a pour enjeux la liberté, et la dignité humaine, je veux vous dire que j’ai confiance en notre victoire.
J’ai confiance parce que nous n’avons pas d’autre choix que de triompher du fanatisme islamiste, et parce que la France a toujours trouvé les ressources pour surmonter les pires épreuves.

La France saura redevenir l’une des lumières du monde, l’un des pôles de la pensée universelle.

J’ai confiance en notre victoire et j’ai de l’espoir pour l’avenir de nos enfants parce que la France est généreuse et magnifique par son histoire, sa culture et sa diversité.
Oui, soyons confiants dans l’avenir de notre pays.

Vive la République, vive la France ! »

MERCI A ROGER CUKIERMAN

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