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Mein Kampf réédité en 2016, un défi pour nous tous


Témoignage d’un membre.


La première fois que j’ai entendu parlé de cette éventualité c’était au cours des mes études lors d’un colloque universitaire sur la traduction. Cependant, l’intervenant avait mis en avant une chose importante qui est la base oubliée de la polémique actuelle : le texte tombera dans le domaine public en 2016. Aussi quelle réflexion devons-nous avoir face à cet état de fait ?


Tout d’abord nous devons être réaliste, nous vivons dans un monde interconnecté et à l’heure d’internet du Peer to Peer ou du cloud, il ne serait pas raisonnable de penser que l’on pourrait empêcher des personnes malintentionnées d’avoir accès au texte ou de le diffuser. L’arsenal légal pour empêcher cette diffusion n’aurait qu’une efficacité limitée tant l’Internet est un mélange de juridictions en fonction des localisations des hébergeurs et sur quelle base légale pourrait-on empêcher une personne de se faire livrer une version papier depuis un pays membre de l’Union Européenne (U.E) en version française ou même à l’extérieur de l’U.E. De plus, on voit poindre aux États-Unis d’Amérique, The Man in the High Castle, une fiction produite par Amazon où le régime nazi aurait gagné la guerre. C’est une réalité dont nous devons être conscient afin d’être efficace dans la nouvelle lutte contre l’antisémitisme et les racismes qui s’augure devant nous tous.


Dans cette nouvelle lutte, nous pouvons nous demander si le terme « devoir de mémoire » est le plus adapté encore aujourd’hui pour les prochaines générations ou si nous devons penser à une « histoire consciente ». En effet, la Shoah est bien un fait historique unique de par son mécanisme. Pour les jeunes générations, la mémoire s’éloigne car les grands-parents, voir les arrières grands-parents, qui ont vécu la Deuxième Guerre mondiale, et en ont des souvenirs sont de plus en plus rare et leur nombre ne pourra qu’inexorablement décroitre. De ce fait, ce n’est plus quelque chose dont des témoins directs parlent dans les familles et cet aspect personnel que revêt la mémoire s’estompe. Tout l’enjeu est donc de faire comprendre cet aspect unique de la Shoah dans un quotidien où aux yeux de certains élèves le « prof d’histoire » est remis en cause par les révisionnistes et autres complotistes qui pullulent sur internet et dont nous n’aurons pas besoin de rappeler les noms des plus fameux qui sont régulièrement condamnés.
L’autre paramètre à prendre en compte c’est bien le fait que les arguments qui vont être opposées sont ceux des autres génocides ou les blessures qu’ont été la traite négrière ou la colonisation.


Dans ce contexte, l’aspect émotionnel n’a plus d’impact, on pourrait résumer cela à que reste-il du projet de faire se rappeler un nom d’enfant déporté durant la Shoah à chaque élève ? La conscience doit être la pierre angulaire de l’enseignement de fait historique majeur. Depuis des années, le musée d’Auschwitz travaille sur une nouvelle exposition et la conservation du lieu pose des défis techniques pour diverses raisons. Aussi, on peut se rendre à l’évidence qu’il y a une volonté de faire comprendre aux générations ce qu’a été la Shoah avec une prise de conscience qu’il fallait s’adapter à certaines réalités.


Et Mein Kampf dans tout ça, sans doute il va servir d’objet de provocation pendant quelques temps et il ne serait pas surprenant d’en voir un nombre grandissant de photos sur les comptes sociaux d’antisémites. Et contre ça, il faut qu’en amont soit amorcer un dialogue avec les responsables des principaux acteurs du web, car la guéguerre sur Twitter est quelque chose qui a un impact limité et ne pousse qu’à des propos haineux des deux côtés où les uns et les autres se prétendent supérieurs aux autres. Et combattre l’antisémitisme et les racismes, dont le suprématisme, en se disant être supérieur est un oxymore inacceptable.


 


Pour conclure il est indispensable d’être proactifs et non naïfs, l’interdiction simple sera vouée à l’échec car cela n’empêchera pas la diffusion et au contraire cela donnera même un gout d’interdit, dont sont friands ceux qui se disent dissidents ou hors système, en plus de l’aura néfaste que ce pamphlet a déjà.
Il est évident que nous devons commémorer les victimes de la Shoah et nous devons inviter tous ceux qui prennent conscience de l’histoire de commémorer ensemble la mémoire des disparus dans les conditions que nous connaissons. C’est dans cette démarche proactive contre l’antisémitisme que nous nous inscrivons au sein de la FJN.

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