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Mise au Point : Voisinage culturel des chrétiens de Syrie

Voisinage culturel des chrétiens de Syrie. Par Adib Gabriel Hathout

Dans notre article « Soutenons les Chrétiens d’Orient, pas seulement... » http://feujn.org/spip.php?article256
Il était dit « L’expression « chrétiens d’Orient » désigne de manière simplificatrice les chrétiens apparus au Proche-Orient » Ces propos sont inexacts. Les chrétiens d’Orient sont les premiers chrétiens du monde. 

Ci-dessous la mise au point de Adib Gabriel Hathout, chrétien syrien.

« Les chrétiens d’Orient ne sont pas une excroissance de l’Occident (...), les Églises d’Orient sont les derniers fossiles de l’histoire, la mémoire des chrétiens. » Frédéric Pichon.(1)

Avec l’ensemble des chrétiens de la partie asiatique du Proche-Orient, le chrétien de Syrie appartient à « la culture antiochienne ». Celle-ci comporte ; entre autres, des Syriens, des Libanais, des Palestiniens, des Jordaniens et des Israéliens. Le chrétiens d’Irak sont culturellement proches des chrétiens de Syrie.

L’expression « culture antiochienne » fait référence à « l’école d’Antioche » qui est devenue,-avec Alexandrie et Constantinople,- un des trois pôles intellectuels byzantins dès le début du quatrième siècle. L’empereur Constantin le Grand avait alors fait du Christianisme la religion de l’Etat (313). Si l’on considère que Constantin était syrien par sa mère, Sainte Hélène, on peut dire que traiter des chrétiens de Syrie c’est aussi évoquer une mentalité qui a influencé l’Occident et qui a été, à son tour, influencée par l’Occident.

Sources hébraïque

Le Christianisme syrien est lié au Judaïsme, non seulement spirituellement, mais aussi historiquement et familialement. Par exemple, on ne sait toujours pas si la Reine Zénobie (3è siècle) était juive ou chrétienne ! C’est pourquoi dire « chrétien » ou « judéochrétien » a la

même valeur sémantique. D’ailleurs les méthodes antiochiennes d’analyse de la Bible sont étroitement liées à la tradition rabbinique2. L’équivalence des termes « chrétien » et « judéochrétien » se justifie par le fait que Jésus lui-même était juif. Aussi Mgr Jean-Marie Lustiger pouvait-il se dire à la fois juif et chrétien. L’Arménie et la Syrie

Du fait qu’elle a été évangélisée par deux Syriens d’Edesse (Ourfa, aujourd’hui en Turquie) :

les Apôtres Barthélémy (3) et Thaddée, la première Nation chrétienne du monde, l’Arménie, fait

1. L’Orient-le-Jour. 9 juillet 2015

http://www.lorientlejour.com/article/933591/-chretiens-dorient-victimes-collaterales-de-logiques-qui-les-depassent-.html

2. Article de Monseigneur Hindo. Bulletin de l’œuvre d’Orient. 1998. Page 775

3. Cf. Pasdermadjian. Page 101.

aussi partie des parents culturels des chrétiens de Syrie, ou antiochiens. Le génocide dont ont été victimes Arméniens et Syriaques pendant la Première Guerre mondiale n’a fait que consolider le lien entre ces deux cultures et les rapprocher de l’Islam syrien qui a été leurprotecteur face aux ottomans. Les relations avec la société arabo-islamique. Pour donner une idée brève mais parlante des liens culturels qui se sont tissés entre les chrétiens de Syrie et la société arabo-islamique, je rappellerai qu’un des plus grands linguistes de l’histoire syriaque, Ephrem le Syrien (303-373), a vu son rêve de phytothérapie prospérer avec le musulman perse Avicenne (980 – 1037). D’ailleurs, Ephrem comme Avicenne avaient recours à la prière comme moyen de développer cette science déjà citée dans la Bible (Livre du Siracide).

Si maintenant on considère – notamment depuis le génocide de 1860 - que le chrétien de Syrie et du Liban doit une grande partie de sa survie grâce à l’illustre penseur algérien l’Emir Abdelkader, on réalise à quel point, malgré des hauts et des bas, l’amitié islamo-chrétienne est un élément de la culture des chrétiens de Syrie.

Une culture franco-antiochienne 

De nombreux Français « de souche » sont aussi antiochiens : soit à cause de leurs ancêtres, soit à cause de l’adoption de ce rite oriental qui correspond mieux à leur sensibilité. Les signataires des articles parus dans le Bulletin de la Paroisse de Saint-Julien-le-Pauvre à Paris (Eglise grecque-melkite-catholique) témoignent d’un phénomène vieux de plus de mille ans.

On se souviendra aussi qu’en 591, le diocèse de Paris avait élu un syrien, Eusèbe, dont la renommée laisse plutôt à désirer (4) ! 

Ainsi, se rencontrent dans le cœur des chrétiens de Syrie, la Franque Sainte Geneviève, l’Arménien Saint Grégoire l’Illuminateur, le Perse Avicenne et l’Algérien l’Emir Abdelkader.

Pour parfaire le chœur, on ajoutera que le Prophète Elie joue en Syrie chrétienne d’un prestige assez exceptionnel pour que sa fête soit célébrée comme l’une des plus grandes fêtes chrétiennes (21 juillet).

Barthélémy vient de l’araméen (Bar Tolmay : fils de Ptolémée). Le préfixe « Bar » est souvent retrouvé dans les noms syriens. Ainsi le nom de « l’hérétique » Bardesane renvoie à fils du fleuve.

(4) Eusèbe était un vrai « commerçant syrien ». Cf. Bulletin de Saint-Julien-le-Pauvre. Octobre 1994. Article de Maurice Rousseau.

Langues associées à l’étude de la culture antiochienne

Du fait que par l’Edit de Milan (312) le Christianisme s’est imposé à l’empire romain et qu’il s’est propagé dans toute l’Europe, d’illustres penseurs occidentaux ont apporté leurs concours aux thèses du Christianisme. Corollaire à ces faits, l’étude de l’Eglise antiochienne doit tenir compte d’une multitude de langue. Ainsi, A. J. Rustum associe à l’étude de l’histoire de l’église d’Antioche la connaissance essentielle du grec, du latin, du syriaque et de l’arabe. Un atout s’ajoute dans la connaissance de l’allemand, du français, du russe et de l’anglais5. 

Approcher la culture antiochienne par un simple franco-syrien laïc de culture chrétienne ne nécessitera pas la connaissance de tant de langues.

(5) Page 26 de : « L’Eglise de la Ville de Dieu Antioche La Magnifique » Tome 1 : 34 – 634. Par Assad J. Rustum.

Edition : Librairie Pauliste. Liban. 1988 (En arabe).

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