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Georges Loinger, ami de la FJN

Il va bientôt fêter ses 105 ans, continue à donner des conférences, et souhaite avant tout transmettre l’histoire de la résistance juive en France dont il a été un des acteurs les plus actifs, avant que d’assister l’effort de la création de l’État d’Israël. Plus actif que jamais, Georges Loinger pense même à publier une nouvelle méthode de gymnastique qui lui a permis de rester alerte et autonome. Une rencontre unique.

Actualité Juive : Après la débâcle de 1940, vous voici, vous jeune Alsacien, envoyé en Allemagne comme prisonnier de guerre, mais vous parvenez à vous évader et regagnez Strasbourg. Vous insistez d’ailleurs sur le rôle des juifs alsaciens dans la résistance… 

Georges Loinger : A la différence des autres Français, nous parlions allemand, et grâce à la radio nous entendions Hitler appeler aux massacres des Juifs jour après jour, c’était pour nous une réalité avant bien d’autres. D’autre part, tous les réfugiés juifs allemands ou polonais passaient par l’Alsace. Mais je ne peux pas parler des juifs alsaciens sans parler du docteur Joseph Weill, (dirigeant de l’OSE, qui monte avec George Garrel des réseaux de sauvetage d’enfants juifs-Ndlr) c’était un être d’une brillante intelligence. Un jour, lors d‘une conférence destinée aux mouvements de jeunesse juifs, il nous montre « Mein Kampf » qu’il avait lu et nous dit « Hitler va faire ce qu’il dit ! », et c’était avant sa prise de pouvoir. 

A.J. : Au-delà de cet avertissement quel influence a exercé le docteur Weill sur vous ? 

G.L. : C’est lui qui m’a orienté vers l’éducation sportive, alors que j’avais entamé des études d’ingénieur, pour que je puisse avoir un rôle à tenir dans l’encadrement de mouvements de jeunesse et dans la résistance. Cela m’a servi, et jusqu’aujourd’hui (aujourd‘hui Georges Loinger vit de manière autonome et témoigne d‘une souplesse peu commune-Ndlr). Je pense d’ailleurs avoir découvert une nouvelle gymnastique formidable qui combine corps, esprit et respiration. Elle m’a permis de renforcer des muscles que nous n’avons pas l’habitude de solliciter avec des résultats extraordinaires. C’est aussi grâce à mon allure sportive que j’ai pu mené à bien nombre de missions dans la résistance comme passeur. J’avais l’endurance, mais aussi, je ne correspondais pas à l’image chétif du juif que les Allemands avaient en tête. 

A.J. : A quel genre de missions avez-vous été affecté ? 

G.L. : Après mon évasion d’un camp de prisonniers de guerre allemand en 1940, j’ai rejoint ma femme Flore l’amour de ma vie, et mon fils Daniel. Elle était devenue directrice d’un foyer, sis dans le château de Lagny, près de Paris, où la Baronne de Rothschild avait placé 123 enfants. Elle les avait « achetés » directement à Himmler en lingots d’or ! Mais loin de leurs familles ils commençaient à déprimer, alors j’ai mis sur pied tout un programme d’activités physiques qui les a revigorés. Ils ont ensuite été emmenés en lieu plus sûr à La Bourboule. En parallèle, je faisais partie du réseau Bourgogne chargé d’accompagner les aviateurs anglais et américains abattus par les Allemands à la frontière espagnole. 

« Après-guerre, j’ai intégré une équipe de l’OSE chargée des survivants, dont beaucoup voulaient émigrer en Israël »

A.J. : Vous avez ensuite intégré l’OSE puis les réseaux de sauvetage des enfants... 

G.L. : Oui je sentais qu’il fallait cacher ces enfants ailleurs. J’ai donc rejoint ces hommes formidables de l’OSE, venus de Russie et installés à Montpellier qui ont pris en charge les enfants. Parmi l’équipe, je retrouve Joseph Weill qui me demande de m’occuper de 1500 enfants dont les parents avaient été déportés ou assassinés. C’est le docteur Weill qui, lors d’une rencontre clandestine en 1943 entre les directeurs des maisons d’enfants nous lira le fameux télégramme Riegner qui dictera notre action jusqu’à la fin de la guerre. 

A.J. : Que disait-il ?

G.L. : Riegner était le directeur du Congrès juif mondial, et grâce à son influence, il parvenait à obtenir de précieux renseignements. Il nous prévenait de l’imminence de l’extermination des Juifs des pays contrôlés par l’Allemagne. Il fallait évacuer immédiatement les enfants que nous ne pouvions cacher en France. Ce que Weill me demanda de faire en assistant le résistant Georges Garel, et j’ai intégré le réseau. Nous avons fait évacuer des milliers d’enfants par la frontière suisse, non sans risques. 

A.J. : A la Libération, quelles ont été vos activités ?

G.L. : J’ai d’abord appris, lors d’un repas familial que ma sœur Fanny avait également fait partie de la Résistance. Elle me dit : « Il paraît que tu as fait des « trucs » pendant la guerre ? ». Je lui ai dit : « oui, et toi ? ». « Des « trucs » aussi ! ». Elle avait aussi intégré le Réseau Garel, mais dans un autre secteur que le mien ! Elle a sauvé de nombreuses vies. 

A.J. : Comment vous retrouvez-vous après la Libération au milieu de l’aventure de l’Exodus ? 

G.L. : Après-guerre, j’ai intégré une équipe de l’OSE chargé des survivants, dont beaucoup voulaient émigrer en Israël. C’est comme ça qu’en 1946 je rencontre Joseph Fisher de l’Agence Juive qui cherchait quelqu’un pour les aider depuis la France à organiser l’Alyah beth, l’émigration clandestine, car l’Angleterre ne voulait pas en entendre parler. J’ai organisé le transfert de ces réfugiés jusqu’au port de Sète. Ils m’ont ensuite proposé de diriger pour la France, la première compagnie maritime israélienne : la Zim Shoham.

http://www.actuj.com/2015-05/france/1897-georges-loinger-resistant-pendant-la-guerre-oui-j-ai-fait-des-trucs

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