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France : Élections Présidentielles 2017 et l’Afrique : quelques leçons à retenir.


La République française est, à son tour, aux emprises des conséquences d’une crise globale de méfiance, dont on peut tracer les origines dans l’explosion des "bulles" bancaires depuis 2008, jusqu’au célèbre scandale des paradis fiscaux, les "Panama papers".
D’autre part, un vent de nationalisme aux relents racistes, souffle sur les pays européens, vent poussé par des partis d’extrême droite, tirant profit de l’ambiance de méfiance qui plane
sur un public en proie à la désillusion et à la déception. 
Ayant vu la classe politique traditionnelle de la droite et
de la gauche également entachés par des scandales de corruption, le public de la génération internet, de Facebook et Twitter, exprime partout qu’il le peut, son désemparement et son incrédulité à l’égard du processus politique.
La présence absurde et menaçante de l’extrême droite au 2ème tour des élections est l’expression du manque de confiance que les électeurs ont dans la classe politique, supposée representer leurs intérêts.
Le "Brexit" anglais, qui a utilisé un discours isolationiste et nationaliste, et l’élection de Donald Trump à la présidence américaine, sont aussi des facteurs, illustrant la récupération, par les mouvements de la droite dure et extrême dans le monde, de la désillusion globale qui permet aux extremistes de faire leur propagande paternaliste.
Ajouter à cela l’hyper médiatisation de termes tels qu’insécurité et menaces de violence, et vous obtiendrez la formule qui conduit tout droit au désastre démocratique, le moment réactif, impulsif, non réfléchi, qui peut mettre les chiens de garde aux contrôles de la maison.
Pour ceux qui se sentent concernés par le futur du continent africain, une vision se dessine, à la fois familière et étrange.
Familière, parce que les africains connaissent trop bien les stratagèmes politiques qui instrumentalisent les termes d’insécurité, précarité, et nationalisme tribal, pour assouvir leurs fantasmes, ou leur psychose, de contrôle total.
Mais étrange aussi, parce que les états occidentaux n’ont eu cesse de répéter aux pays africains qu’ils devraient se modeler sur les systèmes de gouvernance et sur la culture politique occidentale.
Le soit-disant "printemps arabe" est un echec cuisant de cette proposition, qui a entrainé dans sa spirale une guerre incompréhensible en Syrie faisant des millions de réfugiés, dont l’Europe ni les États Unis ne veulent s’occuper.
Les Africains venus résider en France, viennent pour beaucoup d’entre eux, de pays en guerre dont la représentation politique ne connait que des variations diverses du Front National. À leurs oreilles malheureusement familières à ce genre de discours, Madame Marine Le Pen parle comme Idi Amin Dada, Mobutu, Moamar Qaddafi, et d’autres autocrates prétendants à la cause nationale pure et indiscutable.
Les opposants de ces tyrans en germe ou au pouvoir, sont toujours accusés de faire partie de sombres réseaux internationaux, de tentatives de dépeçage du peuple, et souvent d’avoir un sang étranger. 
Les populations africaines peuvent éviter ce genre de piège politique, s’ils comprennent les
leçons à tirer de ce dont ils témoignent.
Les lumières du panafricanisme que furent le Roi Mohammed V du Maroc, et l’Empereur Haile Selassie I d’Éthiopie, qui ont combattu et vaincu les fascistes, nous ont transmis les valeurs de la bataille constante contre toute forme de racisme, l’amour du prochain comme base du discours social, et l’éducation comme source d’enrichissement véritable des nations.
Avec les autres grands leaders panafricains, ces deux monarques humanitaires nous ont prévenu du risque de résurgence du discours fasciste dont la verve nationaliste n’est qu’une couverture pour dominer et profiter du labeur et des ressources des pays par la violence. La violence est la marque de Cain. Violence abusive verbale, qui glisse très vite dans la violence physique. 
Les expressions ou insinuations racistes de ces groupes est l’exercice d’une pression voulue, une menace réelle, un appel pour certains à passer à l’acte.
Marine Le Pen, comme ses anciens acolytes Dieudonné et Soral, n’est pas là par hasard. Quand ils allaient ensemble représenter leur idéologie dans des rassemblements ouvertement antisémites, ces apologistes de la violence savaient très bien que le sang coule par les mots, fussent ils déguisés en calembours.
L’instrumentalusation de la misère des quartiers délaissés de la France, où vivent de nombreuses familles d’origine africaine, a permis de stigmatiser des populations entières et leur donner une image qui permet de les abuser, et les accuser de tous
les maux, et du malaise social généralisé.
Certains politiciens officiels des partis majeurs ont même volontairement trempé leur doigt dans cette sauce empoisonnée, par pur opportunisme. 
Tentant de récupérer la vague nationaliste conservatrice apeurée ils n’ont pas hésité a reprendre des slogans, ou même à employer des idéologues de l’extrême droite raciste et aggressive afin d’atteindre leur électorat présumé.
Voter Macron contre Le Pen n’est pas discutable. C’est une évidence à ce stade. Mais il faut aussi pour la sérénité de conscience en France, laver le discours politique qui a normalisé l’extrême droite au point d’en faire un interlocuteur digne de plateforme nationale.
Les Africains sont trop familiers avec ce genre de script, qui n’est autre qu’un chantage à la violence.


Par Abraham Habib

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