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Les Gnaouas du Maroc. Abraham Habib


Le nom Gnaoua vient de Kanawa, qui veut dire les habitants de Kano, en langue Haoussa. 
Venus au Maghreb majoritairement en tant que soldats, les Gnaouas ne sont pas descendants d’esclaves, contrairement à ce qui a été propagé à leur encontre. Cette distortion identitaire est à mettre au compte des retombées des vestiges du colonialisme. 
Les Haoussa Foulani de Kano, à l’instar de leurs frères Haoussa des autres émirats sont, depuis des siècles, les adeptes du rite Maghrebin de l’Islam Malikite, ce qui les lie culturellement et religieusement aux dynasties des Sultans du Maroc. 
La dénomination, honorifique à son origine, de cette armée composée en majorité de Haoussas était Serviteurs du Bouhari, en Arabe Abid al Bouhari.
Le mot Abid a été confus avec l’idée du statut social d’esclave.
Contrairement à cette idée, le fait est que cette armée a été souvent en position d’autorité dans l’histoire du Maroc, comme ce fut le cas pendant près de 40 ans, après le reigne du Sultan alaouite Moulay Ismael. 
Le nom de Abid al Bouhari est lié à Hadith Al Bouhari pour distinguer l’armée des Haoussa qui croient en cette Hadith, de celle de l’Empire Ottoman.
La narration colonialiste a tenté de se valoriser en attribuant aux armées des pays qu’ils occupaient le statut d’anciens esclaves. Ce fut une des manières de déséquilibrer la souveraineté de nombreux pays africains.
Souvent des anthropologues servaient d’éclaireurs aux états coloniaux et créaient des
des narrations artificielles dans le but de provoquer des scissions au sein des peuples qu’ils souhaitaient coloniser. Le Maroc a été la cible de ce genre de tentatives de division, comme dans le cas de la double identité Berbero/Arabe des Maghrébins, qui a été immédiatement instrumentalisee par les colons européens. 
Les Gnaouas ne sont pas une exception à la règle du révisionnisme historique qui accompagne toujours le colonialisme en Afrique.
Au contraire, ils en sont un exemple type. 
L’arrivée de l’armée du colon est annoncee par les occupants comme liberatrice, tandis que celle des defenseurs africains est volontairement abaissée au statut d’esclaves, ou même d’esclavagistes.
Les académiques des colonisateurs étaient trop
souvent employés à la tâche de supporter les glissements sémantiques qui facilitaient et justifiaient leur présence en Afrique. Les populations africaines elles mêmes devinrent souvent affectées au point de croire aux distortions politisées de ces académiques étrangers.
Dans le cas des Gnaouas, l’absence de narration alternative a conduit à un état où de nombreux Gnaouas ont accepté de se voir avec le regard des académiques de l’ère coloniale et certains disent volontiers et contre toute preuve historique ou familiale, qu’ils sont descendants d’esclaves.
Les Gnaouas ou Kanawa pratiquent la version maghrebine du Bori, qui est une forme de thérapie spirituelle pratiquée depuis des temps reculés par toutes les populations Haoussas.
Cette pratique joue de nombreux rôles au sein des communautés Haoussa, dont celui de cimenter les liens entre leurs membres.
La nuit de ceremonie est appelée Derdeba au Maroc, qui veut dire nuit de fête en Haoussa. 
Jusqu’à la fin du XVe siècle, il y avait une communauté juive Haoussa à Kano.
Celle-ci avait aussi une tradition du Bori, qui a survécu jusqu’aujourd’hui au Maroc sous le nom de Sebtyin, ou les esprits du Chabbat.
Les origines du Bori remontent à une antiquité très reculée, et date certainement de la période biblique-pharaonique. Les chants du Bori appartiennent à une culture où le lien avec la dimension spirituelle et la thérapie sont typiquement liés à la musique.

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