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Les Juifs ont-ils le droit d’interroger ? Abraham Habib

Les Juifs ont-ils le droit d’interroger ? Une question se pose à des millions de personnes, dont la pratique culturelle, ou simplement l’origine identitaire est le judaïsme. Doit on rester collés à une définition qui provient du discours des nationalismes du 19e siècle, celles des Garribaldi et des Hertzel, ou a-t-on le droit de voir plus loin que ces penseurs qui conçoivent l’Etat-Nation comme la réalisation la plus sublime de l’histoire ?
Hegel est mort et enterré. Malgré les orthodoxes de sa conception que furent les nationalistes de tous bords, incluant les communistes soviétiques, l’échec cuisant de la pensée Hegelienne était déjà là pour tous de constater, avec la catastrophe humaine de la Première Guerre mondiale de 1914-1918.
Les dizaines de millions de victimes de cette guerre, dont le barbarisme, inégalé jusqu’à lors, avait pour raison le nationalisme, et sa fragmentation dans la violence des communautés humaines.
Malgré l’evidence de la cruauté exacerbée, et la rhétorique raciste de cette première barbarie à l’echelle planétaire, une autre guerre aux relents nationalistes, celle qui a entrainé la Shoah, n’a pas pu être empêchée. 
Le nationalisme à la Garribaldi, et avant lui le Hegelianisme comme pensée unique, ont porté un coup mortel à la communauté humaine qui a perdu un tiers de sa population avec ces 2 catastrophes globales que furent les 2 guerres mondiales du 20ème siècle.
La pensée nationaliste de Hertzel est une des héritières de la conception Hegelienne. 
Israël en tant qu’Etat, devait selon lui remplacer Israël en tant que peuple. C’est l’Etat d’Israël, et non le peuple, qui devait devenir le point focal de l’histoire, et du discours du judaïsme. 
La violence était bien-sûr au menu.
Le peuple juif, dont la religion était jusqu’ici une expression explicitée de non-violence, devait changer de cap et adopter une vision du monde où la violence était un moyen légitime de libération des souffrances et des injustices. Jusqu’à ce moment fatidique, le judaïsme déclarait que dans un monde violent, la position de force morale était la sienne, celle qui voit la noblesse dans le choix de non violence, au prix d’être une victime de la cruauté humaine. Non seulement cela, ce choix était pour le judaïsme la raison de la survie miraculeuse du peuple juif, et la raison de la chute des sociétés avec des philosophies basées sur la violence. 
Aujourd’hui la question se pose, pour des millions de Juifs, après le constat d’une guerre qui a duré 60 ans, si la conception du Judaïsme étatique a été une évolution ou une dévolution pour le peuple juif. C’est facile de faire fantasmer des victimes de violence, qui n’ont jamais porté d’armes, de se venger, ou d’avoir le pouvoir physique de leur côté.
Mais quand ce statut vient d’un choix spirituel, lié à la définition identitaire de toute une communauté à travers son histoire, l’en defaire par une mode philosophique temporaire telle que la pensée Hegelienne, peut changer
le rapport d’une communauté avec sa culture, de manière profondément dramatique.
De nos jours, le résultat constatable de cet état de fait est une attitude quasi religieuse associée à l’Etat d’Israël.
En tant que juif, on peut être athée, bouddhiste, chrétien
croire aux droits de mariages de même sexe etc mais questionner l’etat d’Israël est diffamatoire au plus haut point. La pensée nationaliste est tellement enracinée qu’oser poser la question est déjà vu comme un danger. Comme une insulte aux victimes de l’antisémitisme qui sont morts quand l’etat d’Israël n’existait même pas. Aujourd’hui n’importe quelle partie du judaïsme peut être instrumentalisée pour signifier l’Etat. De Moise au Roi David, en passant par Esther Pourim et Pesah, tout parle de Aliya.
On nous dit que sans l’Etat d’Israël, tout juif partout est en danger. Ce discours n’est pas nouveau. C’est du Garribaldisme de base, issu des méandres de la fin du 19e siècle. Garribaldi et les autres Hegeliens dont Marx et Hertzel croyaient sincèrement que tous les attributs divins de pouvoir et de protection étaient applicables à l’appareil étatique. Or, non seulement le monde a témoigné de l’échec de la pensée étatique par la guerre, mais aussi par la corruption au sein de l’appareil étatique, qui est loin d’être une île de moralité et une source d’éducation humanitaire. Brandir la Aliya comme remède à tous les maux, répéter sans cesse que sans l’Etat les Juifs sont en danger ne fait qu’ignorer la question.

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