English | français

Aller au contenu Aller au menu Aller à la recherche

Logo du site

Accueil > Secteur-France > Général > Paradoxe africain de Marine Le Pen...

Paradoxe africain de Marine Le Pen...


Alors que la campagne pour la présidentielle française amorce son dernier virage avec des rebondissements à foison qui passionnent les débats au delà de l’hexagone, la toile africaine gazouille sur « le candidat idéal » qui fera l’affaire du continent. Grande surprise, celle qui se détache du lot, c’est la candidate du Front National (FN) Marine Le Pen qui s’efforce depuis quelques temps de reluire son image au sein de l’opinion africaine. Avec un certain succès au vu de la relative audience dont elle jouit désormais pour ses engagements à mettre fin enfin à la Françafrique. Stratégie de com’ électorale ou opportunisme politique ? La fille de Jean Marie Lepen enflamme en tout cas la toile africaine pour diverses raisons dont certaines ne plaident pas en sa faveur. Marine l’Africaine, trop beau pour être vrai ?
La présidente du Front National (FN) et candidate à la prochaine présidentielle française Marine Le Pen serait attendue dans les prochains jours à Bamako. C’est en tout cas ce que croit savoir La Lettre du Continent, le journal en ligne qui a été le premier à donner l’information, laquelle a été très vite reprise par la presse locale avant qu’elle ne s’étende sur les réseaux sociaux où elle a amplifié de nouveau le « gazouillement » des blogueurs africains.
Marine Le Pen devrait mettre à profit sa visite pour rencontrer les éléments de l’opération Barkhane, le dispositif militaire français qui fait office de bouclier anti-terroriste au Sahel. Une visite en somme assez normale comme celle conduite par François Fillon en décembre dernier à Bamako et à Niamey au Niger. Il est d’ailleurs assez régulier que des candidats français se rendent sur le continent afin notamment de vendre leur programme et surtout conforter leur « aura diplomatique », l’Afrique étant un rouage stratégique de la politique étrangère française en raison notamment du passé colonial mais aussi et surtout des enjeux géopolitiques et économiques contemporains.
A Bamako, Marine Le Pen ne sera certainement pas accueillie comme l’aurait été François Hollande même si la candidate du FN a aussi soutenu l’intervention française au Mali de 2013. En cause, les positions du FN sur l’immigration passent mal dans ce pays qui dispose d’une importante communauté en France. « Sa visite sera un bon signal pour les maliens de Montreuil », ironise par exemple un média panafricain même s’il est peu probable que cela suffise à redorer son image au sein de cette communauté.
L’information reste pour l’heure à confirmer car l’équipe de campagne de la candidate n’a pas encore confirmé cette visite aux multiples enjeux pour la candidate, mais aussi pour le Mali et au delà le continent.
Le temps africain de Marine Le Pen
Il faut dire qu’en Afrique et plus que partout ailleurs, la campagne présidentielle française est largement suivie, commentée et appréhendée en fonction des enjeux pour le continent et surtout des candidats et de leur programme pour l’Afrique. A ce jeu, et c’est une particularité de cette présidentielle, la candidate du FN semble tenir le haut du pavé tant la probabilité qu’elle puisse succéder à François Hollande d’ici de peu, déchaine les passions et alimente les débats assez souvent virulents.
Contrairement aux autres années où la digne fille de son père suscitait le rejet des africains pour ses diverses déclarations aux relents xénophobes qui soulèvent régulièrement des polémiques, Marine Le Pen commence un peu à avoir de l’audience en Afrique. « Ses prises de position publiques contre les interventions militaires françaises en Côte d’Ivoire et en Libye, sa diatribe contre le franc CFA, la dénonciation du coup d’Etat constitutionnel de Sassou N’guesso au Congo-Brazzaville et du soutien apporté par la France à ce régime... Le Front national (FN) serait-il sincèrement opposé à la Françafrique ? » S’interrogeait d’ailleurs, dès décembre 2015, l’association française Survie qui dénonce et milite pour la fin de « toutes les formes d’intervention néocoloniale française ».
Depuis quelques temps, en effet, Marine Le Pen semble avoir poli son discours de « présidentiable » tout en musclant ses critiques contre la Françafrique. Une stratégie qui porte pour l’heure comme avec cette initiative lancée en début janvier par un béninois, pour la création d’un comité local des « amis de Marine Le Pen ».
Il est loin donc le temps où militer en faveur du FN ou de son candidat était mal vue en Afrique et surtout au sein de la diaspora africaine établie au sein de l’hexagone. Si cette dernière continue à faire preuve d’une certaine imperméabilité au discours anticolonialiste de la candidate, la vague « bleue Marine » trouve un certain écho sur le continent où on assiste ces derniers temps à une montée en puissance du panafricanisme auquel se conjugue un rejet des « ingérences occidentales ».
La France aux français... et l’Afrique aux africains ?
Cette posture la distingue des autres candidats en lice et son slogan « la France aux Français » est retourné sur le continent en « l’Afrique aux africains ». C’est d’ailleurs ce que la candidate met également en avant même si son audience au sein de l’opinion africaine diverge en fonction des pays et surtout de leurs liens avec l’ancienne puissance coloniale.
Dans les faits, si l’Afrique est bien présente dans la liste des 144 engagements présidentiels de Marine, il y en a qui choquent tant en Afrique qu’au sein de la diaspora. La politique migratoire qu’elle entend mettre en œuvre est perçue sur le continent comme une manière pour le FN de fermer définitivement l’accès au territoire français aux africains en plus de renforcer le rapatriement de certains déjà installé en France comme cela a déjà commencé, de manière certes plus indulgente, avec l’Union Européenne dans le cadre de la mise en accords des décisions du sommet de La Vallette. On se rappelle que les accords migratoires paraphés par certains pays ont soulevé de vives polémiques comme c’était le cas au Mali où Le Pen fille aura du mal à s’expliquer sur les intentions que portent la politique qu’elle entend mettre en œuvre en la matière. La candidate du FN promet, ni plus ni moins, de « rendre impossible la régularisation ou la naturalisation des étrangers en situation illégale » en plus de simplifier et automatiser leur expulsion ! De même, elle s’engage, une fois élu, de réduire l’immigration légale à un solde annuel de 10000 ainsi que de mettre fin à l’automaticité du regroupement et du rapprochement familial ou à l’acquisition automatique de la nationalité française par mariage.
Dans la même lancée, elle entend réviser le dispositif français actuel en matière de droit du sol avec l’acquisition de la nationalité française, « possible uniquement par la filiation ou la naturalisation dont les conditions seront par ailleurs plus exigeantes ». En somme pour Marine et le FN, il s’agira de « revenir à l’esprit initial du droit d’asile qui ne pourra par ailleurs être accordé qu’à la suite de demandes déposées dans les ambassades et consulats français dans les pays d’origine ou les pays limitrophes ».
Autant de dispositions restrictives qui visent particulièrement le continent et sa diaspora française et qui ne sera pas du goût des africains surtout que parallèlement ses engagements en matière de politique étrangère, font du continent, une pièce maîtresse sur laquelle elle compte miser pour « refaire de la France, un pays majeure dans le monde ».
« Mettre en œuvre une véritable politique de co-développement avec les pays d’Afrique fondée prioritairement sur l’aide au développement de l’école primaire, l’aide à l’amélioration des systèmes agricoles et l’aide au renforcement des outils de Défense et de sécurité ».
Engagement présidentiel de Marine Le Pen
Si elle s’engage à mettre la France au service d’un monde multipolaire et de fonder sa politique internationale sur le principe de réalisme tout en rendant à la France son rôle de puissance de stabilité et d’équilibre, Marine Lepen compte également « renforcer les liens entre les peuples qui ont le français en partage ». Ce n’est un secret pour personne que l’Afrique constitue l’avenir de la langue française, ce qui laisse à dire que les relations franco-africaines auront encore de beau jour même si elle arrive à l’Elysée.
Tel père, telle fille ?
Les déclarations chocs de la candidate du FN ont certes de quoi séduire mais ses intentions envers le continent tel qu’ils ressortent dans son programme électoral, soulèvent tout un autre débat qui ne plaide pas cette fois en faveur de l’héritière de Le Pen père. Le lourd héritage de cet encombrant adepte des déclarations tonitruantes et aux accents xénophobes particulièrement à l’égard du continent, continuent d’ailleurs à peser sur l’image de sa fille candidate en Afrique.
En dépit pourtant de cette idéologie "extrémiste" de Jean Marie Lepen, l’histoire a mis en évidence les liens qu’il a également tissés avec d’anciens hommes politiques et personnalités au sein de plusieurs pays africains. Comme quoi, il y en a loin de la théorie à la pratique, ce qui soulève des doutes sur la sincérité des engagements de Marine Lepen.
Stratégie de Com ou opportunisme politique ?
« Les prises de position sur des sujets d’actualité qui tiennent cœur à l’Afrique comme la fin du Franc CFA ou les critiques du FN sur l’ingérence de la France dans la gestion du processus électoral dans certains pays africains ces derniers années, séduisent beaucoup l’opinion africaine et en particulier les jeunes », tente d’expliquer un blogueur africain qui reste pourtant encore circonspect sur la sincérité de ces déclarations qui ressemblent plus à de promesses de campagne.
« Il faut qu’on arrête la Françafrique. Qu’on permette aux peuples de profiter de leurs propres richesses et qu’on ne participe pas à cette corruption généralisée de nos élites respectives ». La candidate du FN
C’est le même avis que partage l’Association Survie qui rappelle d’ailleurs à justie titre que son parti a des élus au Parlement français et au Parlement européen, mais jamais le FN « n’a usé de ses fonctions politiques pour proposer des changements législatifs allant dans le sens d’une rupture avec la Françafrique ». Autant dire que sa virulence contre la Françafrique semble s’être arrêtée aux caméras et micros des média et visent certainement d’autres enjeux électoraux. Il est certes difficile de les lister mais selon la même source, plusieurs hypothèses peuvent justifier ces prises de positions à l’emporte-pièce et parfois aux antipodes de la position officielle de son parti. Il s’agit entre autres, "de séduire l’électorat des Français de la diaspora africaine, marquer une rupture avec les partis de gouvernement comme le fait le FN sur toutes ses thématiques de campagne, se ménager des soutiens variés en Afrique en cas d’accession au pouvoir ou pour trouver des financements pour de prochaines campagnes ».
« Les économies africaines sont asphyxiées. Le Franc CFA tue économiquement l’Afrique ».
En tout cas, si la stratégie com’ de Marine Le Pen semble pour l’heure susciter un certain succès, c’est avec pincette que les africains appréhendent ses engagements de campagne.
Marine Le Pen l’Africaine, un peu trop beau pour être vrai et ce n’est certainement pas les quelques photos symboliques postés sur la toile ou l’intégration de quelques égéries de service dans son staff de campagne qui fera changer les choses. Sarkozy tout comme Hollande avaient promis aussi de mettre fin à la Françafrique et de refonder la politique africaine de la France, et on sait comment cela s’est finalement passé.
Comme Saint Augustin, les africains attendront certainement de voir pour apprécier surtout sur un continent où il est populairement admis que les promesses électorales n’engagent que ceux qui les écoutent.
Du reste, Marine ne fait nul cas de son intention de mettre fin à l’exploitation des ressources africaines par les compagnies françaises et on n’imagine mal qu’elle s’inscrive dans ce sens, elle qui comme l’américain Donald Trump mise sur « le nationalisme exacerbé » pour refaire la grandeur de la France. Or si certains africains adhèrent à la politique africaine de Marine, c’est justement dans l’espoir enfin mettre fin à cette présence des entreprises françaises sur le continent, laquelle est de plus en plus décriée par une opinion africaine qui surfe sur de nouveaux défis et d’enjeux stratégiques continentaux où la France devra se faire sa propre place comme les autres partenaires et surtout sans exclusif.
En attendant pourtant, l’Afrique semble avoir bien intégrer le lexique politique de la candidate du FN et c’est déjà une certaine revanche pour celle qui a eu au moins le mérite de relayer, dans le débat politique français, ce que l’opinion africaine pense et attend de l’ancienne puissance coloniale. C’est déjà un mérite que certains lui concèdent déjà surtout que ce n’est pas demain que des dirigeants africains porteront assez fort ce message pour que les choses bougent enfin et véritablement.
http://afrique.latribune.fr/politique/leadership/2017-03-09/le-paradoxe-africain-de-marine-le-pen.html

SPIP 3.0.16 [21266] | Squelette BeeSpip v.3.1.0